Quelles sont les étapes d’une procédure d’expulsion ?

avocat-immobilier

10 mars 2026

Face à un locataire qui ne paie plus, la tentation est grande de vouloir aller vite. La procédure d’expulsion obéit pourtant à des étapes strictes, encadrées par la loi du 6 juillet 1989 et le Code des procédures civiles d’exécution. Brûler une étape, c’est risquer de tout recommencer. Voici le parcours complet, des premiers actes jusqu’au concours de la force publique.

En résumé

La procédure débute par un commandement de payer visant la clause résolutoire, qui laisse au locataire six semaines pour régulariser (article 24 de la loi du 6 juillet 1989).

À défaut, le bailleur assigne devant le juge des contentieux de la protection, qui constate la résiliation du bail et ordonne l’expulsion.

Vient ensuite le commandement de quitter les lieux, avec deux mois pour partir, puis la demande du concours de la force publique. Aucune expulsion n’est possible pendant la trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars.

Le point de départ : le commandement de payer

Tout commence par un commandement de payer délivré par un commissaire de justice, l’ancien huissier. Quand le bail contient une clause résolutoire, cet acte vise cette clause et ouvre un délai de six semaines au locataire pour régler sa dette. Ce délai est posé par l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989.

Si le locataire paie dans ce délai, l’affaire s’arrête là et le bail se poursuit. À défaut, la clause résolutoire est susceptible de jouer et le bailleur peut saisir le juge. Cette première étape conditionne toute la suite, d’où l’importance d’un acte rédigé sans erreur.

Pour vous repérer dans le calendrier, cet outil indique l’étape suivante et son délai.

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Etape actuelle

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Etape suivante et delai

La présence ou l’absence d’une clause résolutoire dans le bail oriente toute la marche à suivre.

Sans clause résolutoire dans le bail

Quand le bail ne prévoit pas de clause résolutoire, le bailleur ne peut pas s’appuyer sur son jeu automatique. Il assigne directement le locataire devant le juge des contentieux de la protection et demande la résiliation judiciaire du bail. Le juge apprécie alors la gravité des manquements avant de décider.

Cette voie laisse plus de marge d’appréciation au magistrat. Il peut refuser la résiliation pour un impayé ponctuel déjà régularisé, ou au contraire la prononcer pour des manquements répétés. Le tableau suivant récapitule les grandes étapes et leurs délais.

ÉtapeActe ou décisionDélai
1. Commandement de payerDélivré par commissaire de justice, vise la clause résolutoire6 semaines pour régulariser
2. AssignationDevant le juge des contentieux de la protectionVariable selon le tribunal
3. JugementConstate la résiliation et ordonne l’expulsionAu prononcé
4. Commandement de quitter les lieuxNotifié au locataire2 mois pour partir
5. Concours de la force publiqueDemande au préfet à défaut de départHors trêve hivernale

L’audience et le jugement

Devant le juge des contentieux de la protection, chaque partie présente ses arguments. Le bailleur démontre l’impayé et le respect des étapes préalables, le locataire expose sa situation. Le juge vérifie la régularité de la procédure et la réalité de la dette avant de statuer.

S’il fait droit à la demande, le juge constate la résiliation du bail et ordonne l’expulsion. Il peut accorder au locataire de bonne foi des délais de paiement, ce qui suspend les effets de la clause résolutoire tant que l’échéancier est respecté. Le jugement fixe aussi l’indemnité d’occupation due jusqu’au départ.

💡 Le saviez-vous

Pendant la trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars, aucune expulsion ne peut être exécutée. Cela ne gèle pas la procédure pour autant : les actes et le jugement peuvent intervenir durant cette période, seule l’exécution forcée du départ est reportée à la fin de la trêve.

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L’exécution et le rôle de la force publique

Une fois le jugement obtenu, le commissaire de justice signifie un commandement de quitter les lieux. Le locataire dispose alors de deux mois pour partir volontairement. Ce délai laisse une dernière fenêtre pour trouver une solution de relogement.

Passé ce délai et hors trêve hivernale, si le locataire reste, le bailleur demande le concours de la force publique au préfet. L’administration peut accorder ou refuser ce concours, et un refus ouvre droit à une indemnisation du bailleur par l’État. C’est l’ultime étape d’un parcours qui ne tolère aucune voie de fait : se faire justice soi-même est interdit et lourdement sanctionné.

Suivre la procédure légale

Expulsion valable, concours de la force publique mobilisable, indemnisation par l’État en cas de refus, sécurité juridique du bailleur.

Agir par la force

Voie de fait interdite, sanctions pénales, dommages-intérêts au locataire, réintégration possible aux frais du bailleur.

⚖️ Ce que dit la loi

L’article 24 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 encadre le jeu de la clause résolutoire et fixe à six semaines le délai du commandement de payer. Le Code des procédures civiles d’exécution régit ensuite le commandement de quitter les lieux, le délai de deux mois et le concours de la force publique.

Les garanties accordées au locataire

La loi protège le locataire à plusieurs étapes. Le juge peut accorder des délais de paiement adaptés à sa situation, et la trêve hivernale suspend toute exécution forcée pendant cinq mois. Le préfet doit aussi être informé en amont, pour que les services sociaux puissent intervenir.

Ces garanties ne suppriment pas la dette ni l’indemnité d’occupation. Elles aménagent le calendrier sans effacer les sommes dues. Un locataire qui ignore ces délais perd des chances de régulariser, alors qu’un bailleur qui les néglige fragilise sa procédure.

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⚠️ Le piège classique

Changer la serrure ou couper l’eau pour faire partir le locataire. Cette voie de fait expose le bailleur à des sanctions pénales et à des dommages-intérêts, et le locataire peut être réintégré aux frais du propriétaire. Seule la procédure judiciaire, jusqu’au concours de la force publique, permet une expulsion régulière.

Anticiper pour limiter les litiges

Mieux vaut prévenir que subir une procédure longue. Dès le premier impayé, un contact rapide et écrit avec le locataire ouvre souvent la voie à un échéancier amiable. Une caution solide ou une assurance loyers impayés sécurise par ailleurs le bailleur en amont.

Si le dialogue échoue, agir sans tarder évite que la dette ne se creuse. Un dossier propre, avec les quittances, les relances et le bail signé, fait gagner du temps devant le juge. L’accompagnement d’un avocat sécurise chaque acte et chaque délai.

Pour aller plus loin, lisez nos guides sur les délais pour expulser un mauvais payeur, les recours en cas de loyers impayés, et les droits du locataire expulsé.

FAQ : procédure d’expulsion

Combien de temps dure une procédure d’expulsion ?

Il n’existe pas de durée fixe. Entre le commandement de payer (six semaines pour régulariser), l’audience, le jugement, le commandement de quitter les lieux (deux mois) et le concours de la force publique, plusieurs mois s’écoulent souvent, d’autant que la trêve hivernale suspend l’exécution du 1er novembre au 31 mars.

Peut-on expulser pendant la trêve hivernale ?

Non. Aucune expulsion ne peut être exécutée du 1er novembre au 31 mars. La procédure peut se poursuivre sur le plan des actes et du jugement, mais le départ forcé est reporté à la fin de la trêve.

Le juge peut-il accorder des délais au locataire ?

Oui. Le juge peut accorder des délais de paiement au locataire de bonne foi, ce qui suspend les effets de la clause résolutoire tant que l’échéancier est respecté. La dette et l’indemnité d’occupation restent dues.

Peut-on expulser un locataire sans passer par le juge ?

Non. Changer la serrure, couper l’eau ou expulser de force constitue une voie de fait interdite, sanctionnée pénalement et par des dommages-intérêts. Seule la procédure judiciaire, jusqu’au concours de la force publique, est légale.

📝 À propos de ce guide

Rédigé par la rédaction d’avocat-immobilier.com, à partir des textes officiels en vigueur et vérifié pour 2026. Mis à jour le 14 juin 2026. Sources : Légifrance : article 24 de la loi du 6 juillet 1989 et Service-Public : loyers impayés et expulsion du locataire. Une question sur votre situation ? L’espace commentaires est ouvert.

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